Perchée à 600 mètres d’altitude, je vis dans un petit village rural qui surplombe la vallée du Fium’Alto. L’expérience vertigineuse de la montagne dans la mer. Une luxuriante forêt de châtaigniers m’entoure.
La végétation jaillit de ce sol volcanique et constitue le maquis, aussi appelé « il Palazzo verde ». Comme le serpent de Maloja, j’assiste à un ballet quotidien de nuages qui s’enroulent autour des montagnes.
D’anciens carnets, dans lesquels j’ai noté mes rêves, constituent le point de départ de ma pratique. Je les dessine, un à un, et me dédie à eux chaque jour. S’installe alors un processus quotidien de retranscription de rêves anciens, enchevêtrés de nouveaux rêves, qui déclenche de nouveaux dessins. Le temps devient mon meilleur allié ; il me semble accéder à un territoire illimité.
Un personnage prend place et m’aide à naviguer dans ces lieux dessinés : Bosco Busselli.
Cavalier boussole, il me guide pour dévaler les paysages et les décors de ces régions de l’invisible, là où les cascades, les arbres et les rochers dissimulent une infinité de génies. Il semble avoir une idée de l’itinéraire de ce voyage, rythmé d’obstacles et de rituels. Il nous mène à la rencontre de créatures, de divinités et d’objets magiques.
Des céphalopodes retiennent les immenses voilages des poternes d’une cité méconnue le jour et filent à l’anglaise dans les couloirs de la nuit. Des piliers s’évanouissent dans d’infinis plafonds et des sols aux eaux troubles. L’œil du poisson-chat chavire en un refuge haut perché consacré au thé. Les cuisses cavalières de créatures se médusent et se métamorphosent en un lit de fortune.
Dans les plis d’un temps inconnu, les ornements paradent. Au fil de ces traversées, Bosco Busselli se pare de talismans, comme des clefs de précieux enseignements.